ETHS (FRA) - III (2012)
Label : Season Of Mist
Sortie du Scud : 6 avril 2012
Pays : France
Genre : Neo / Metalcore progressif
Type : Album
Playtime : 10 Titres - 47 Mins
1637 levers de soleils. C’est précisément la distance qui sépare le Tératologie de 2007 du III de 2012. ETHS, qui n’a jamais vraiment été un modèle de productivité, aura poussé le suspens à son paroxysme au moment de proposer son troisième album studio. Mais quel album ! Les Marseillais, rien qu’à la lecture de la fiche technique de cette œuvre, ont visiblement choisi de mettre toutes les chances de leur côté pour s’ouvrir grand les portes d’un marché international. En plus d’une solide réputation sur le sol français, le quintette bénéficie désormais d’une carte de visite impressionnante, grâce aux services du Studio Fredman tenu par Fredrik Nordström (DIMMU BORGIR, IN FLAMES pour ne citer que les moins bons) et à la participation du FILMharmonic Orchestra de Prague pour les parties orchestrales de cet opus. Reste néanmoins une question en suspens. Sont-ils vraiment les mieux placés pour exploiter ces richesses ?
On connaissait le ETHS de la décennie passée, pur produit français d’une qualité constance et d’une régularité exemplaire. On connaissait moins son pendant révolutionnaire, son Doppelgänger insidieux. Le doué Nicolas Senegas a réussi à en faire un portrait qu’il nous propose en couverture. Dès son lancement, III offrira du grain à moudre à ceux qui préféraient l’ancienne mouture, plus directe et franche de caractère. « Voragine » se détache déjà par son côté progressif et ses saccades de guitares brusques qui seront un peu trop Metalcore au goût de certains. ETHS met désormais l’accent sur les atmosphères lourdes, oubliant totalement sa spontanéité passée. C’est une évolution, à n’en pas douter. Encore faut-il comprendre sa pertinence. A l’évidence, les Français font transpirer ici la partie la plus créative de leur corps décharné. Beaucoup de groove est injecté dans les guitares de Staif et Greg, ce qui rend la majorité des compositions modernes et précises, sans être trop décalées. Le retour de Guillaume Dupré derrière les fûts leur donne également un bon coup de fouet. Et il fallait bien ça, car on met des plombes et des plombes à rentrer dans leur bateau. Je dirais même que la première écoute n’est pas suffisante pour s’imprégner de ce jus âcre et visqueux. Cette création est tellement variée dans ses tempos, tellement composée dans ses ambiances, tellement intense dans ses propos qu’elle en devient vite inabordable pour du ETHS. Selon les morphologies, on s’adaptera plus ou moins vite à ce changement de dimension. Moi qui n’ai jamais porté ce groupe dans mon cœur, je dois bien reconnaître que III est bel et bien leur enfant le plus brillant, malgré cette nouvelle tendance à abuser de la formule couplets-refrains. On touche du bout des doigts une vraie justesse dans l’écriture et une belle diversité entre une facette industrielle et une autre plus orchestrale, coincées toutes deux dans un Metalcore contemporain. L’ensemble est soumis à une domination presque masochiste de Candice, toujours prostrée dans sa schizophrénie vocale. Des parties hurlées de haut-niveau font écho à un lyrisme doucereux moins convainquant. Reste cette production gonflée à bloc, très inhabituelle et qui épouse assez mal les contours de leur musique en la rendant trop siliconée. Un bémol qui est regrettable, dans la mesure où il accompagne d’incessantes réverbérations qui nous poursuivent jusqu’à l’écœurement tout au long de ces 47 minutes. Dieu soit loué, la reprise de MADONNA pour « Music » est disponible uniquement sur l’édition limitée, ce qui limite par conséquent le nombre de déçus.
Avec III, ETHS a fait le choix de laisser un planer un doute sur son passé et une ombre sur son futur. Cette rondelle fera beaucoup d’heureux ou beaucoup de frustrés, mais assez peu de mitigés. Il parait que l’indifférence est le pire des mépris. En cette année 2012, les Marseillais ont sorti un disque ambigu, paradoxal et incompréhensible qui ne laissera personne sur le carreau. Bizarrement, c’est surement celui de leur discographie qui est le plus à leur image.
Ajouté : Mercredi 16 Mai 2012 Chroniqueur : Stef. Score : Lien en relation: Eths Website Hits: 7714
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