SADIST (usa) - The Shadow Of The Swastika (2015)
Label : Scarlet Records
Sortie du Scud : avril 2015
Pays : Etats-Unis
Genre : Noisy Hardcore
Type : EP
Playtime : 3 Titres - 8 Mins
Il y a des groupes, comme ça, qui se la jouent hermétique au possible. On a beau fouiller des heures sur la toile, on ne trouve rien, ou si peu qu'il est presque superfétatoire d'en parler.
La plupart du temps, lorsque ce cas de figure se présente, on préfère laisser tomber. Après tout, s'ils souhaitent rester dans l'ombre, autant les y laisser.
Mais de temps à autres, on insiste, parce qu'une fois qu'on a jeté une oreille sur la musique, la passion s'en mêle, et on se prend d'affection pour un ensemble qu'on ne connaissait pas quelques heures plus tôt.
Ainsi, dans les éléments techniques de cette chronique, vous ne trouverez pas grand chose. Pas de site officiel, pas de bandcamp, pas de page facebook, encore moins de référence de label.
C'est ainsi.
Mais que cela ne vous empêche pas de vous jeter sur cet EP/7'', parce qu'il en vaut vraiment la peine.
L'effort consenti sera faible. Trois titres uniquement, même pas dix minutes d'écoute, ça vaut bien un petit geste, même un samedi matin morose, surtout un samedi matin morose serais je tenté de dire.
Alors nous y voici, il me faut parler de SADIST.
Ce patronyme, déjà choisi par un certain nombre de formations, n'est ici pas usurpé dans son utilisation. La musique de ce combo est en effet étrange, douloureuse, et laisse un sentiment d'inconfort indéniable. Niveau infos, vous ne saurez donc pas grand chose. Leur nom traîne sur pas mal de blogs, et ce 7'' a visiblement trouvé une couverture assez intéressante. Ce qu'il mérite sans conteste.
SADIST nous vient de Boston. Ils ont pressé ce single à 666 exemplaires, 66 de couleur grise (la Gray Puke Fucking Shit Edition), 300 couleur lait, et 300 en noir total. La pochette au demeurant splendide dans son noir et blanc aux teintes verdâtres cache selon la légende en son intérieur (c'est une gatefold sleeve, ils ont soigné leur truc quand même il faut l'avouer), le sang de son chanteur, Ghost (qui s'occupe selon les crédits des instruments "non conventionnels").
Ghost est accompagné dans sa démarche absconse par Iaia (guitare), Storm Cloud (poussière de cimetière, quand je vous disais qu'ils étaient bizarres...), TPP (batterie) et Bombings (bruits, électronique). Et c'est peut être ce dernier qui symbolise le mieux la musique contenue dans ces sillons. Car les trois morceaux triturés par SADIST font beaucoup de bruit, sont très discordants, dissonants, et pour le moins originaux.
Le terme Punk est souvent employé pour décrire leur intentions, il est vrai que son approche générique permet d'encercler bien des diffusions souvent inclassables. Je conçois qu'on puisse lui trouver une pertinence dans le cas de SADIST, à condition de l'appréhender de la même façon que SUICIDE dans les années 70. Les trois titres présentés ici forment une ode cohérente au chaos, tant ils se complaisent à mélanger l'Horror Rock des CRAMPS, le nihilisme mélodique de Vega et Rev, le Post Punk des WIRE et compagnie, sous couvert d'une production compacte et sourde qui rend la musique encore plus difficile à digérer.
Mais le tout, même dominé par des arrangements électroniques envahissants et extrêmement bruyants, possède un groove incroyable. Les sons tournoyants, le tapis rythmique lourd et compact qui n'oublie pas de donner envie de danser, le chant en arrière plan complètement paumé dans le mix, tout ça créé une atmosphère très particulière qui rend le groupe très difficile à situer.
Et c'est sans doute ce qui m'a fasciné chez SADIST. Outre le fait qu'ils parviennent à faire plus de bruit que n'importe quel groupe de Grind, ils se complaisent à brouiller les pistes, en évoquant le Ghost Rock des années 80, le Punk Hardcore de la même époque ("Minotaur's Maze", genre de mélange entre MINOR THREAT et HAWKWIND, spatial et dérangé mentalement par l'abus d'acides), voire un étrange mélange entre l'Indus le plus abstrait et la New Wave la plus séduisante ("Mask", impénétrable et traumatisant avec ses arrangements qui couvrent pratiquement tout le reste).
Et lorsque l'ensemble se bloque sur une boucle rayée avant de s'interrompre brutalement, on sort d'un cauchemar éveillé qui à de quoi perturber pour le reste de la journée...
The Shadow Of The Swastika n'est pas facile à aborder, il est d'une approche complexe, n'appartient clairement à aucune mouvance, mais n'en demeure pas moins fascinant dans son traitement du bruit et son mélange de courants aussi contraires qu'assemblés avec flair.
Du chaos, des rythmiques bondissantes, des fulgurances bruitistes, et un enrobage aussi sombre et poisseux qu'un marigot dans lequel flotte un cadavre. Alors peu importe le manque d'informations, seules les sensations comptent.
Et dans le cas de SADIST, elles sont fortes, et douloureuses.
Ajouté : Jeudi 10 Septembre 2015 Chroniqueur : Mortne2001 Score : Hits: 5694
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